À PROPOS

Crédit: Camille McOuat

En tant que télescopage de chorégraphie, d’improvisation intuitive et d’art de performance, ma pratique artistique est fondée sur l’exploration de la multiplicité de l’identité. Je travaille avec des notions d’alchimie performative et de bricolage culturel, utilisant le moment présent, l’appropriation d’objet, l’histoire personnelle, les désirs futurs ainsi que les préoccupations actuelles, de manière à créer une dynamique centrifuge empathique avec le public. La meilleure façon de décrire mon travail est possiblement d’examiner ce qui l’inspire : cinématographie lucide, sculpture vivante, comédie acrobatique, excavation psychologique, commentaire social déconstruit, logique boulimique du Hip Hop et naïveté enfantine.

Ce qui m’aide à comprendre le monde qui m’entoure, c’est de considérer métaphoriquement les humains comme autant de démonstrations mathématiques singulières (« mathematical proofs »). Je me considère moi-même, et les autres aussi, comme des démonstrations mathématiques, comme des entités complexes constituées de milliards d’équations. Les sujets que je choisi d’approfondir dans mes oeuvres, comme par exemple la dualité de l’identité et les vies marginalisées, sont souvent des parties intimes de ma propre équation mathématique. J’ai le sentiment que pour moi, créer en utilisant mes expériences de vie personnelles est la meilleure façon d’arriver à mieux me connaitre et d’établir des relations significatives avec les autres.

Lors de mon processus de recherche, j’alterne entre travailler dans le studio et à l’extérieur de celui-ci. Après m’être immergée dans un sujet donné, à travers l’écriture, la lecture, les discussions et les recherches audio-visuelle, je relâche mon attention pour laisser le corps prendre le dessus. Je me nourris du son, du silence et des dissonances, me surchargeant parfois de stimulations physiques et mentales pour observer comment je réagis. Et alors les menus détails surgissent dans mes champs visuel et cinétique. Parfois ces détails se manifestent dans des mouvements ou sons viscéraux, et d’autres fois dans des idées de couleurs, textures ou éclairages, m’indiquant la direction artistique dans laquelle l’oeuvre doit aller.

Mon passé en sports de compétition explique mon attirance pour la difficulté en tant que méthodologie de navigation chorégraphique. Aller vers des zones performatives marquées par l’urgence et la vulnérabilité me permet d’approfondir les matériaux de la pièce et donc de partager des trouvailles plus riches et peut-être plus honnêtes. Mon entrée elativement tardive et non-planifiée dans le monde de l’art contemporain semble insuffler une espèce de sensibilité « art brut » à mes performances. Mes oeuvres ont été créées et jouées dans divers espaces, villes et pays. La notion d’habiter à la fois des lieux traditionnels et non-traditionnels est devenue une composante-clef dans mon processus de création. Il m’importe d’être en mesure de m’adresser à différents moments à différentes parties de la population, et je suis toujours consciente de l’effet que peuvent avoir les changements de lieux sur la présentation et la réception de mon travail.

Je construis mes oeuvres de manière à ce que les spectateurs puissent grandement en profiter, peu importe leur niveau de connaissances et leurs expériences de vie. Chacune des compréhensions de l’oeuvre est tout aussi valide et importante que les intentions qui la sous-tendaient à l’origine : la notion d’une multiplicité exponentielle de réactions est donc bienvenue. À l’intérieur de mon travail, je cherche à laisser un vaste espace ouvert dans lequel il est possible de comprendre ce que l’on veut et ce dont on a besoin. Le but est d’encourager un élargissement de l’interprétation et de l’espace pour que les membres du public en viennent à créer leur propre manière d’assister à un spectacle, de le vivre. Je vise à partager un voyage au cours duquel une nouvelle façon de voir peut être élaborée.